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pictoDr Google et Mr Hyde

01/12/2017

Il faudra bien s'y faire: chez les médecins comme chez les vétérinaires, les malades et les "pet parents" viennent seulement chercher un traitement puisqu'ils ont déjà le diagnostic. Nous n'avons pas les mêmes prétentions vis-à-vis des plombiers, des électriciens ou autres artisans. L'homme de l'art est encore ici respecté même si on pourrait penser qu'une tuyauterie de chien est infiniment plus complexe que celle d'un réseau électrique ou de chauffage.

 

Mais voilà, les sites de santé humaine ou vétérinaire ont massivement envahi la toile depuis ces dernières années et permettent, avec des algorithmes souvent de pacotille, d'acquérir les certitudes absolues des béotiens en matière de santé. Alors que l'AFVAC consacrait son congrès annuel au "Vétérinaire 2.0", la meilleure et la pire des choses, Internet, suscite l'agacement quotidien des professionnels. Avec la formule qui tue: "Docteur, j'ai vu sur internet que..."Il n'y a plus qu'à rédiger l’ordonnance. Les pires sont sans doute les éleveurs qui, hommage leur soit néanmoins rendu, en connaissent parfois davantage que nous sur les maladies raciales de leurs protégés. Ils ne se privent pas de nous le faire sentir.

 

Une enquête dont les résultats viennent de paraître dans Frontiers in Veterinary Science apporte de l'eau au moulin de notre propos. Elle a porté sur 100 vétérinaires britanniques visiblement très  énervés et quelques chiffres suffisent à témoigner de cette exaspération. Pour la majorité d'entre eux, Internet est un nuisible qui pollue la relation entre le détenteur du patient et les praticiens.

57% estimaient que tous les propriétaires consultaient Internet avant de venir. Pour autant, 73% étaient persuadés que nos Diafoirus diplômés de l’Université Google ne comprenaient rien à ce qu’ils lisaient. Plutôt que gagner du temps, on en perd à démontrer les hypothèses plus ou moins saugrenues qu’une navigation hasardeuse ne manque pas de susciter, même si certains sites sont bien réalisés. Mais ils sont surtout les déclencheurs d’une hypochondrie par procuration. Comme cela se voit en médecine humaine où un vomissement banal, une diarrhée bégnine, au filtre des sites de santé, se transforment immédiatement en signes pathognomoniques d’un cancer digestif. Il y a fort à penser, d’ailleurs, que le « scandale » du Lévothyrox soit dû, au moins pour partie, à une contagiosité via la Toile de la description d’une litanie de symptômes banals.

54% des vétérinaires britanniques interrogés se disaient persuadés qu’Internet a une influence négative sur la relation client. 49% estimaient que la recherche préalable sur des sites de santé animale augmentait sensiblement la durée de la consultation. 40% des praticiens allaient jusqu’à dire qu’Internet a des conséquences délétères sur la santé des animaux de compagnie. Elle retarde en effet volontiers le moment de la consultation, après  l’essai de quelques poudres de Perlimpinpin croquignolesques souvent en vente sur ces mêmes sites. Finalement, après avoir fait l’emplette de quelque placebo, cette démarche va coûter plus cher et l’état du patient aura le temps de bien se dégrader pour nécessiter à l’issue du parcours des soins plus onéreux.

 

Les vétérinaires interrogés se disent pessimistes pour l’avenir et s’attendent à une prise de pouvoir croissante du Dr Google. Mais nous ne sommes pas démunis pour lutter contre ces offensives « ubérisantes ». Une manière de se défendre consiste à conseiller aux clients des sites que nous avons pris la peine de consulter auparavant et qui n’ont pas l’objectif de faire de l’internaute un petit docteur. Mieux encore, un site propre à la clinique est la réponse à tous ces inconvénients.

 

Quand on fait des recherches sur la santé des animaux de compagnie, on tombe très souvent en « tête de gondole » sur le site mis en ligne par le CHV Frégis. Ses auteurs ont accomplis un travail considérable de vulgarisation qui ne prend  pas les clients pour des abrutis, la pathologie canine et féline étant abordée de manière simple mais pas simpliste, chaque spécialiste ayant balayé l’étendue de sa discipline. S’il est un média à conseiller, c’est bien celui-là, faute du temps nécessaire pour réaliser un site propre. Ce n’est pas le seul, de nombreuses cliniques vétérinaires ont fait de même et proposent leur propre site. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Ainsi, le Dr Google peut-il cesser d’être au quotidien un moulin à billevesées, fariboles, balivernes, et autres coquecigrues, pour le bien-être du praticien qui n’en peut plus parfois d’être mis sur la sellette par des profanes pas forcément hostiles, mais dont la bonne volonté à l’égard de leurs compagnons est le plus souvent malfaisante.

 

 

"L’Essentiel", actualité vétérinaire, n°467.